Biographie de l’artiste

La biographie de Marwin contient en soi beaucoup d’éléments fabuleux. Il naît à Boukhara, ville située dans l’Ouzbékistan moderne, durant l’une des plus spectaculaires tempêtes de sables, et des plus mémorables. Au cours de cette lointaine journée de 1969, l’ancienne capitale du mysticisme oriental fut recouverte d’un fin manteau de sable rouge provenant du désert de Kyzylkoum.
Descendant d’une famille dont la mémoire remonte encore à l’époque du grand Khanat de Khazarie, connu pour son extraordinaire tolérance, son ouverture culturelle, son obéissance aux antiques traditions et son dévouement au service du prochain, Marwin montait à cheval bien avant de savoir marcher- grâce à son arrière-grand-père, un héros légendaire ayant appartenu à la cavalerie de la première guerre mondiale ; et savait distinguer les différentes espèces de plantes médicinales, avant même d’avoir commencer à lire- grâce à son arrière-grand-mère, guérisseuse, qui chaque année l’amenait avec elle dans les splendides vallées du Tian Shan pour cueillir le « byline »-herbe officinale, et boire le kéfir, la mythique boisson de longue vie des bergers nomades.
A quatre ans, Marwin part vivre à Prague, centre d’une autre culture saturée de tradition et de mysticisme. C’est ici que pour la première fois il reçoit les enseignements des Écritures et devient un élève très attentif de son grand-père Alvise-Dov. Encore jeune garçon, il fréquente à Prague l’école primaire et en respire la riche vie culturelle : théâtres, expositions, galeries, concerts. Les sombres salles de lecture des bibliothèques publiques et les étroits labyrinthes des librairies pragoises, comblés de livres usés et anciens, deviennent le monde dans lequel il aime à se plonger. Malgré tout, la nostalgie du désert silencieux empli de tensions cachées, et les rappels des éblouissantes et verdoyantes prairies printanières eurent le dessus et Marwin rentre à Boukhara à l’âge où il doit choisir son futur.
Il s’inscrit à l’Institut des Arts Appliqués et de l’Artisanat, se spécialisant dans la calligraphie. Très tôt, il prend conscience des scléroses qui étouffent le système scolaire soviétique, il opte pour la rébellion et fuit. Il erre par les pays d’Asie centrale, travaille occasionnellement, participe aux mouvements culturels clandestins, vit au jour le jour, jusqu’au moment où il pénètre par hasard dans une petite boutique artisanale à Ferghana, non loin de la native Boukhara. Là, il connaît celui qui deviendra son maître et guide spirituel Hd. Daud al-Din Sharisbani, humble décorateur de maison et peintre de miniatures, lequel, comme Marwin le découvre par la suite, est un des derniers membres survécus de la légendaire congrégation des derviches dansant de Boukhara, emportée par la terreur stalinienne des années trente.
Marwin pendant quelques années étudie et travaille avec le maître- mais avant de franchir le seuil de l’antique habilité soufie et de « voir le monde réel », il doit faire une promesse, une sorte de serment de dévotion, de preuve : ne jamais exercer l’Art avant d’avoir atteint l’âge de 41 ans- qui dans la tradition centre-asiatique est le numéro magique par excellence.
Après un long apprentissage, Marwin retourne à la vie nomade, mais cette fois-ci, avec le but précis d’approfondir ses propres connaissances et son habilité. Il vit parmi les éleveurs de chevaux montagnards, il connaît le monde peuplé des mythes et de traditions orales, dont les médiateurs sont les « moldo »-voyants tadjiks, exorcistes bouriates et chamanes guérisseurs khirgises, apprenant d’eux l’art de la « mescheness »-l’antique voie de la médiation mystique.
Par la suite, il rejoint sa famille à Prague, fréquente l’université, accomplit des voyages en Europe et au Proche-Orient, visite les millénaires centres cabalistes à Safed et les écoles soufies à Istanbul.
Enfin, il s’installe en Italie où, pendant quelques temps, il exerce des métiers peu reluisants : peintre en bâtiment, stucateur, acteur de théâtre lyrique, balayeur, ouvrier ferroviaire, traducteur, professeur de langue et éleveur de chevaux.

Le temps dégèle le serment : à 41 ans, Marwin commence à dessiner et à peindre, il organise ses premières expositions informelles et surtout, il jette les bases de la discipline dans laquelle il réussit à unir ses racines orientales à l’environnement italien.

 


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Réflexions critiques :

Difficile de définir le style avec lequel débute cet excentrique artiste praguois, d’origine ouzbék. Des images poétiques, et ironiques à la fois, des animaux totémiques, des thèmes naturalistes contenus dans des réductions géométriques, des portraits et des figures d’origine et d’inspiration asiatique, ou plutôt, selon ses dires, chamaniques, tout cela avec un fort impact visuel et chamarré. Aquarelles, qui la plupart du temps ressemblent à des impressions réalisées sur des superficies irrégulières, altérées par des traces antérieures, ressemblant presque à des palimpsestes recyclés ou à des parchemins décolorés. Oeuvres aux titres qui entrecroisent l’ouzbék, le yiddish, l’anglais macaronique, le russe, le français, l'italien et l’espagnol, créant quelques fois des jeux de mots raffinés et des effets de sens en contraste avec la formulation de l’image picturale visiblement joyeuse. Mais sur le fond de cette peinture chamanique, on trouve surtout la matérialité des symboles et des segments anthropomorphisés, les formes du monde animal ou vivant reportées sur le plan symbolique de l’aplanissement géométrique, ainsi que l’iconisation déclarée de l’image. C’est ainsi que se réalise l’affrontement entre les deux plans superposés du signe et de signifiant, duquel jaillit un paradigme interprétatif toujours amusant et captivant, un discours dont les suggestions symboliques ne nuisent pas, mais au contraire valorisent l’apparente simplicité du message visuel.
(Cristina Bongiorno, journaliste)
 


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